Au moment de l'Indépendance, la capitale du jeune Etat belge présente encore la physionomie d'un chef-lieu de province.
Enserrée dans les limites de ses anciens remparts, dont la démolition est en cours, elle est séparée des villages environnants par de vastes zones non bâties, faites de champs cultivés, de prairies, de vergers et de bois autour de quelques riches demeures patriciennes. Seuls les abords des portes de la ville connaissent un début d'urbanisation. Y sont attirés ceux qui veulent échapper au paiement de l'octroi ou sont à la recherche de terrains meilleur marché.
Traversée par le cours sinueux de la Senne, Bruxelles a toutes les caractéristiques d'une ville médiévale avec ses rues exiguës et tortueuses, ses impasses et ses vieilles maisons trapues et agglutinées. Elle a les traits d'une ville ancienne qui s'est développée sans ordre, les rues, étroites et irrégulières, sont nées au jour le jour, sous le double signe du hasard et de la topographie.
Un axe de communication important, la "Chaussée", la traverse d'est en ouest tandis qu'aucune voie directe ne permet de la parcourir du nord au sud à la seule exception de l'ancienne voie romaine qui va de la rue Haute à la porte de Schaerbeek. Avec ses 98.000 habitants répartis dans 12.000 maisons sur une surface de 449 hectares, Bruxelles compte encore d'importantes espaces non bâtis occupés par des jardins privés, des prairies, des couvents ou des cimetières. Les plus grandes étendues sont situées aux abords des portes de Hal et de Schaerbeek et sur le versant ouest de la vallée, dont le développement coïncidera avec le percement du canal de Charleroi et l'implantation des premières industries.
Les faubourgs, qui ont pour nom Laeken, Molenbeek, Anderlecht, Saint-Gilles, Ixelles, Saint-Josse ou Schaerbeek comptent à peine 2 à 4.000 habitants. Ce sont des villages agricoles nés au bord d'affluents de la Senne et reliés à la ville par de vieilles chaussées, en piteux état, qui forment un réseau étoilé autour d'elle. Partie intégrante de la "cuve" de Bruxelles jusqu'en 1795, ils dépendent sur le plan commercial, administratif et judiciaire de la capitale dont le mode de vie leur est cependant étranger.