La Montagne de la Cour, située au coeur du quartier commercial du centre, faisait partie de la "Steenweg", l'une des voies les plus anciennes de Bruxelles. Située sur l'axe Cologne-Bruges, celle-ci traversait la ville d'est en ouest. Son tracé sinueux coïncidait en fait avec celui des rues de Namur, Montagne de la Cour, de la Madeleine, du Marché-aux-Herbes, du Marché-aux-Poulets, Sainte-Catherine et de Flandre pour aboutir à la porte du même nom.
Son nom de "Chaussée", qui a disparu dans le courant du 17ème siècle, viendrait du fait qu'elle fut la première rue pavée de la ville. Elle acquit en effet une grande importance à partir du 12ème siècle, lorsque le duc de Brabant, initialement installé à l'île Saint-Géry, décida de transférer ses pénates sur les hauteurs du Coudenberg. Quoi de plus naturel, dès lors, d'avoir choisi pour la partie la plus escarpée de la "Chaussée" qui mène au palais ducal, le nom de "Montagne de la Cour"?
Celle-ci est établie sur un promontoire en dos d'âne entre la vallée du Coperbeke, qui abrite le quartier des rues Terarken et Isabelle, et la vallée du Ruysbroek. Son voisinage illustre n'empêche pas cette voie pittoresque de jouir de la plus mauvaise réputation. Sa pente et son étroitesse excessives en font une voie de passage dangereuse pour le charroi. Le paysage cossu de boutiques de luxe qui la bordent contraste étrangement avec les ruelles mal famées du quartier voisin. Quant aux institutions culturelles qui ont investi le palais de Nassau tout proche dans le courant du 19ème siècle, elles souffrent d'un manque de place chronique.
Dès le milieu du siècle dernier, on envisage de la transformer au nom d'impératifs récurrents au fil des décennies :
 - résoudre le problème des communications entre le haut et le bas de la ville, entre les nouveaux quartiers en pleine expansion et le coeur historique de la cité ;
 - assainir un quartier où impasses et ruelles sordides et mal famées cotoyent une des rues marchandes les plus luxueuses et les mieux fréquentées de la capitale ;
 - donner aux musées des beaux-arts et à la bibliothèque la place nécessaire à l'exposition de leurs collections dans un environnement propice, ce qui implique tant l'agrandissement des bâtiments que leur dégagement pour les protéger des risques d'incendie.
Plus d'un siècle sera nécessaire pour rencontrer ces objectifs. Dès 1895 cependant, la rue Coudenberg apporte une solution partielle au problème de la pente et de l'étroitesse de la Montagne de la Cour et supprime du même coup le sinistre quartier Saint-Roch. Après l'abandon du projet de Mont des Arts de Henri Maquet, soutenu par Léopold II, il faudra attendre la mort de son successeur, Albert Ier, pour que l'aménagement du site soit à nouveau considéré. Il s'agit alors d'y installer la Bibliothèque royale et ses institutions annexes, entreprise dont les multiples péripéties s'étaleront sur plus de trente ans. Elle sera complète par le Musée d'art moderne, extension en grande partie souterraine des Musées royaux des beaux-arts. Créé par l'architecte Roger Bastin, il donnera lieu … une des controverses urbanistiques les plus âpres que Bruxelles ait connu dans les années septante.