Collection Bruxelles, ville d'art et d'histoire, n° 32
Bruxelles, Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale
Direction des monuments et sites, 2002, 48 p.
Disponible dans les grandes libraires, prix : 5 Euros
Parmi les monastères cisterciens qui ont été édifiés à la périphérie de Bruxelles dans le courant des 13ème et 14ème siècles, l'abbaye de la Cambre, fille de Villers-en-Brabant, est la seule à nous être parvenue dans un bon état de conservation.
Si le site de l'abbaye de la Cambre est aujourd'hui situé au cœur de la ville et bordé de larges avenues, il n'en était rien au moment de sa fondation. Conformément à la Règle de saint Benoît, les cisterciens avaient choisi de préférence un vallon retiré, de manière à se tenir à l'écart de la vie urbaine et à disposer tant des matériaux nécessaires aux constructions, que de l'eau pour les multiples usages de la vie domestique et de terres suffisantes à mettre en culture.
Ces communautés religieuses ont joué un rôle essentiel dans le façonnage du paysage forestier de l'époque. Elles défrichaient des parcelles pour le bois d'œuvre et le bois de chauffage, contenaient les ruisseaux pour alimenter des étangs d'élevage, creusaient de nombreuses petites carrières de pierre, plantaient des arbres fruitiers, des châtaigniers et des vignes, développaient le pâturage et construisaient des bâtiments. Bénéficiant des faveurs des puissants, elles étaient en contrepartie mises à contribution quand le seigneur avait besoin d'argent pour faire la guerre ou maintenir l'ordre public.
Juste avant son démantèlement sous le Directoire, le domaine de la Cambre s'étendait encore sur 120 hectares d'un seul tenant. Du boulevard Saint-Michel à l'avenue Brugmann, de " Ma Campagne " à la chaussée de Boondael, il englobait une partie importante du territoire des communes d'Ixelles et Etterbeek, avec quelques empiètements sur leurs voisines.
Il comportait de vastes étendues agricoles et des pâturages : le versant est jusqu'à la chaussée de Boondael, les abords de la chaussée de Waterloo, le plateau s'étendant de la chaussée de Vleurgat à Ma Campagne ; mais aussi des bois : le Melsdael au sud du boulevard Saint-Michel, le Solbosch entre la chaussée de Wavre et l'avenue de la Couronne, le Mangellinghe à l'emplacement de l'Université et le bois de la Cambre depuis le rond-point de l'avenue Louise.
Rattrapé par la ville au 19ème siècle, le domaine a fondu pour ne laisser subsister que les principaux bâtiments à l'intérieur de la clôture centrée autour des sources du Maelbeek.
L'ensemble architectural de l'abbaye, dont de nombreux éléments ont disparu ou ont subi de profondes transformations, se répartit en deux noyaux :
- La partie religieuse, ou quartier des moniales, est centrée sur le cloître et les bâtiments qui l'entourent, l'église, le réfectoire et la salle capitulaire. Sa construction remonte au Moyen Age. En tous points conforme au programme et au plan d'une abbaye cistercienne, le style des constructions emprunte largement aux traditions locales. Pensée par les moines de Villers-la-Ville, l'abbaye a été construite en partenariat avec des artisans brabançons ;
- Le quartier de l'abbesse, plus civil, composé de la cour d'honneur, du palais abbatial, du presbytère, des écuries et des autres dépendances. Il date du 18ème siècle et s'ouvre sur de magnifiques jardins en terrasses qui viennent d'être restaurés.
La brochure qui lui est consacrée vous permettra de découvrir, à travers l'histoire et la description du site, la vie d'une communauté religieuse cistercienne qui y a vécu pendant près de 600 ans. Depuis l'Indépendance de la Belgique, l'Ecole militaire, l'Institut Géographique National et l'Institut supérieur des arts décoratifs s'y sont succédés. Grâce à eux mais aussi grâce à la volonté de personnalités attachées au site et à son témoignage, l'abbaye de la Cambre est aujourd'hui un lieu vivant autant qu'un lieu de mémoire.