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Thierry DEMEY
Bruxelles en vert
Guide-promenades des jardins publics, du Molenbeek à la Woluwe

Un peu d'histoire générale

Avec ces quelque 6.300 hectares d'espaces verts, si l'on y inclut la totalité de la forêt de Soignes située à cheval sur les trois régions belges, Bruxelles est indubitablement la capitale la plus verte d'Europe, justifiant amplement qu'un guide spécifique leur soit consacré.

Le jardin public, une idée neuve

Le jardin à destination publique est une réalité récente qui coïncide avec le développement urbain lié à l'industrialisation. Avant cela, hors les jardins privés, les potagers et les jardins des simples, à vocation médicinale, aucun lieu particulier n'est prévu pour se délasser ou se promener. La campagne étant partout, rien ne servait de la reconstituer en ville.

L'exode rural massif et des conditions nouvelles de vie provoquent un bouleversement de ce rapport à la nature qui devient un moyen de fuir périodiquement des lieux de stress et de pollution, à la recherche de lieux de ressourcement. Jardins publics, lopins de terre à cultiver pour les ouvriers, campagnes bourgeoises à la périphérie, sont des réponses à ces préoccupations que l'on voit apparaître simultanément à travers toute l'Europe à partir de 1850.

A Berlin d'abord, Peter Josef Lenné crée un jardin zoologique tandis que Karl Schinkel développe une vision historicisante de la nature. En Angleterre, berceau de la révolution industrielle qui voit naître de nombreux mécènes de la nature, John Nash crée le quartier de Regent's Park, John Claudius London l'arboretum de Derby à vocation pédagogique, Joseph Paxton le domaine de Crystal Palace et le parc de Birkenhead à Liverpool.

A Paris, Adolphe Alphand est nommé ingénieur en chef des promenades et plantations par le préfet de la Seine, Georges Haussmann. 1.934 hectares de parcs, jardins et squares sont ajoutés à la ville en pleine mutation pendant son mandat. D'anciennes forêts, comme le bois de Boulogne, sont converties en parcs paysagers. Des avenues arborées et des squares surgissent de partout.
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Léopold II, roi-paysagiste (1865-1909)

Bruxelles, et singulièrement ses espaces verts, porte la trace indélébile du règne de Léopold II, deuxième roi des belges, surnommé à juste titre le roi-bâtisseur. Qu'on en juge : 7.500 hectares d'espaces verts, dont 1.000 hectares de jardins publics, ont été créés ou préservés dans une capitale qui en était quasiment dépourvue au début de son règne.

Léopold II a poursuivi, pendant tout son règne, un vaste programme urbanistique pour faire face à la forte expansion de Bruxelles, liée à la révolution industrielle et à son rôle de capitale, autour de quatre axes principaux :

-  Assainir les quartiers misérables du centre de Bruxelles et améliorer les communications entre le haut et le bas de la ville ;

-  Aménager de vastes artères d'accès entre la ville et la campagne afin de permettre un développement harmonieux des faubourgs ;

-  Protéger les paysages et créer une ceinture de parcs autour de Bruxelles ;

-  Contribuer au prestige de la capitale et de la fonction monarchique par la construction ou l'agrandissement d'édifices publics.

La liste des interventions royales en faveur des espaces verts, aptes à donner " à la grande cité de l'air et de l'espace ", ne cesse de surprendre. Notons que la création de la plupart de ceux-ci s'inscrit dans un plan d'aménagement qui s'accompagne de la percée de larges avenues arborées, boulevards de ceinture ou voies de pénétration : la deuxième ceinture des boulevards de Bruxelles (1865-1914), l'avenue Louise (1860-1866), l'avenue de Tervueren et le boulevard du Souverain (1895-1910). Du jardin du Roi au parc de Tervueren, le bilan est impressionnant. Entre ces deux interventions extrêmes, il faut citer les parcs de Forest et Duden, le parc de Laeken autour du château royal, le parc Elisabeth autour de la basilique de Koekelberg, le parc Josaphat, les arcades et le parc du Cinquantenaire, le parc de Woluwe, l'arboretum de Tervueren, le square du Jagersveld et l'étang de Boitsfort préservé.

Initiateur, Léopold II intervient sans cesse auprès des autorités politiques pour les convaincre du bien-fondé de ses vues et obtenir leur adhésion. Lorsqu'il n'y parvient pas ou lorsque l'administration publique est trop lente à réagir, il n'hésite pas soit à intéresser le secteur privé en compensation du lotissement des abords de certains grands axes, soit à intervenir financièrement pour réaliser ses projets. C'est ainsi, par exemple, que le jardin du Roi, les parcs de Laeken et du Cinquantenaire sont partiellement financés par le roi, par l'intermédiaire de prête-noms.

Pour réaliser ses parcs, qui adoptent tous le style paysager en vogue à l'époque, Léopold II recourt aux conseils d'architectes paysagistes européens : l'allemand Edouard Keilig pour le parc de Laeken ; le français Emile Lainé pour le parc de Woluwe ; le belge Victor Besme pour le jardin du Roi, le parc de Forest et le parc Elisabeth ; le français Jules Vacherot pour le Mont des Arts.
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Sur les cendres des " campagnes " d'antan

A la faveur des bouleversements économiques et sociaux de l'après-guerre, le développement des espaces verts de la Région bruxelloise a profité de l'abandon des grandes surfaces foncières par les héritiers de familles aisées du début du siècle. Nombre de châteaux et de campagnes de plus d'un hectare ont été lotis en tout ou en partie à la faveur de l'expansion urbaine. Parfois, leur rachat, total ou partiel, par les pouvoirs publics a permis la sauvegarde et l'aménagement d'un jardin public.

A Uccle, une des communes les mieux pourvues en belles propriétés boisées, les exemples sont multiples : le parc Montjoie s'étale sur l'ancienne propriété de Pierre Carsoel ; magnanimes, les héritiers de l'illustre banquier Georges Brugmann ont cédé un tiers de sa belle propriété à la commune pour en faire un parc, les deux autres tiers étant lotis pour y construire des immeubles à appartements ; plus avisé, le baron Léon Janssen, craignant de voir sa propriété du Wolvendael mise en pièce par ses héritiers, a préféré la léguer à la commune. Le jardin François-Vincent Raspail, qui a gardé le nom de l'illustre homme politique français qu'il a abrité, est ce qui reste d'une propriété privée négligée par les pouvoirs publics qui l'avaient rachetée. Si la commune s'était décidée à acquérir la Sauvagère, dont le château avait été préalablement démoli par son propriétaire, dépité par l'ampleur de la tâche de restauration qui l'attendait, c'était dans l'intention d'agrandir son cimetière… Le succès du petit parc arboré l'a fait renoncer depuis à ce macabre projet. Le vallon champêtre de Fond'Roy, devenu récemment parc public, a été racheté à la clinique du même nom qui ne souhaitait plus en assurer l'entretien.

Le long de la Woluwe, encore lieu de villégiature au début du 20ème siècle, les parcs privés convertis en jardins publics ne manquent pas non plus : des propriétés de la famille Solvay sur les hauteurs de Boitsfort et dans les marécages de Woluwe-Saint-Lambert au repère d'Edmond Parmentier, l'entrepreneur complice des fantasmes de Léopold II, en surplomb de l'avenue de Tervueren, en passant par le château de l'ancien ministre Jules Malou, elles ont contribué à préserver la vallée d'une urbanisation excessive.

Le parc Roi Baudouin à Jette est né de la réunion de plusieurs propriétés privées dont les jardins du Sacré-Cœur de Jette, le château du bourgmestre Tircher (Poelbos) et le chalet normand des familles Bauthier et Van Den Elschen (Laerbeek). Le parc Garcet, au centre de Jette, est né de la fusion, après un projet de lotissement avorté, des propriétés de l'imprimeur Guyot et d'Edouard de Laveleye.

A la lisière du zoning industriel de Neder-over-Hembeek, le parc Meudon est créé dans la partie supérieure du domaine de la famille Servaes tandis qu'à Molenbeek-Saint-Jean, le parc des Muses prend la place de la propriété murée de la famille Crabb. A Forest, c'est le parc Jacques Brel qui abrite les reliques ruinées des " Eperons d'or ", devenue " la Couderaie " à l'époque d'un industriel de la chaussure. Le jardin en terrasses de la maison Pelgrims à Saint-Gilles forme le noyau d'un parc aménagé après la percée du métro. Une dynastie de bourgmestres d'Etterbeek, les Hap, finit par céder sa propriété de la chaussée de Wavre à la commune au décès du dernier d'entre eux. La collection de plantes de Jean-Louis Semet, véritable arboretum au cœur d'Ixelles, devient en 1983 le cœur du parc Tenbosch.

Parfois, ce sont des domaines publics, comme d'anciens cimetières qui sont devenus des parcs. Le parc Georges Henri à Woluwe-Saint-Lambert ou le parc Forestier à Anderlecht en sont les principaux exemples. Des domaines expropriés pour des projets routiers abandonnés sous la pression des habitants sont aussi devenus des promenades publiques : la Héronnière à Watermael-Boitsfort a profité de l'abandon d'un plan de lotissement, le bois du Wolvenberg et le Kinsendael à Uccle étaient sur le tracé du ring sud.

Anderlecht est la seule commune à avoir planifié la création systématique d'espaces verts lors du développement de nouveaux quartiers. Lorsqu'elle établit un plan de lotissement dans les années soixante, la régie foncière communale met en oeuvre un " park-system ", sorte de maillage vert avant la lettre, véritable chapelet d'espaces verts qui traverse les zones à construire. Le parc des Etangs et le parc de Scherdemael en sont les principales réalisations.
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La nostalgie d'une nature authentique

Dans la foulée des mouvements associatifs de défense du cadre de vie et de l'environnement, fédérés dès 1971 au sein d'Inter-environnement, des comités d'habitants se sont attachés depuis une vingtaine d'années à la préservation de milieux naturels dans les quartiers résidentiels des communes de la deuxième couronne bruxelloise.

Pendant les années qui ont suivi la création des institutions régionales bruxelloises, en 1989, des périmètres de réserves naturelles ont été systématiquement définis, totalisant plus de 100 hectares. Les emplacements choisis et la matière dont elles sont gérées ne reflètent cependant pas une vision claire de leur utilité.

Des reliques de campagnes brabançonnes - grandes prairies vallonnées, anciens ruisseaux, zones humides, alignements de saules têtards - ont été sauvées, parfois de haute lutte, de l'urbanisation : le plateau du Kauwberg, le Kinsendael-Kriekenput et le bois du Wolvenberg à Uccle, le bois et les prairies du Zavelenberg à Berchem-Sainte-Agathe, le Bempt à Forest, l'hof ter Musschen à Woluwe-Saint-Lambert, le Poelbos et le marais de Jette-Ganshoren au cœur du parc Roi Baudouin, le Moeraske au bord du chemin de fer à Evere, le plateau du Scheutbos à la limite de Molenbeek-Saint-Jean, les rives du Vogelenzangbeek à Anderlecht.

En forêt de Soignes, des zones ont été préservées autour du prieuré du Rouge Cloître et du château de Trois Fontaines, des vallons du Vuylbeek et des Enfants noyés et de la mare du Pinebeek (cf. La Ceinture verte de Bruxelles, en préparation).

En parallèle, on a assisté aux balbutiements controversés d'une gestion différentiée de certains parcs publics. Certains espaces - des prairies, des rives d'étangs, des sous-bois - y sont gérés en limitant les interventions à une ou deux fauches par an, en appauvrissant les sols par l'élimination des orties pour favoriser la diversité de la flore.

Enfin, la politique actuelle des espaces verts tend à s'articuler autour des concepts de maillages vert et bleu. Le maillage " vert " vise à implanter des espaces verts dans les zones centrales de la ville qui en sont dépourvues, à relier les espaces verts entre eux par des cheminements arborés en faveur de la circulation des piétons et des cyclistes (fonction sociale), de la faune et de la flore (fonction écologique). Le maillage " bleu " se propose de remettre les rivières et les ruisseaux en surface de manière à séparer leurs eaux des égouts, à recréer des zones humides et en faire des lieux d'attraction pour les usagers.

Les premières réalisations concrètes de cette philosophie d'aménagement peuvent être observées dans certains quartiers centraux - les parcs de la Rosée à Anderlecht, Bonnevie à Molenbeek- Saint-Jean ou Gaucheret à Schaerbeek - et le long de la vallée de la Woluwe par la réhabilitation de la continuité de la promenade de l'ancienne ligne de chemin de fer de Bruxelles à Tervueren et la remise à ciel ouvert d'un tronçon de la rivière à hauteur du château Malou. L'absence de nouveaux projets à l'étude trahit toutefois un certain essoufflement de cette politique globale de maillage, dont la faisabilité n'est pas toujours évidente.
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Bruxelles en vert
Introduction
  1. Un guide des jardins publics
  2. Un guide pratique
  3. Un peu d'histoire générale
Contenu de
Un peu d'histoire générale