Badeaux, ASBL pour la promotion de l’histoire locale et du tourisme culturel et défense du patrimoine et de l’environnement


   Domaine royal de Laeken Métamorphoses de Laeken Le château royal les serres royales Autour du domaine royal   
  Home >  Publications >  Domaine royal de Laeken   > Métamorphoses de Laeken

Thierry DEMEY
Domaine royal de Laeken
Métamorphoses de Laeken

Au moment de l'indépendance de la Belgique, Laeken - qui vient de " lacha ", " lache ", mot germanique signifiant eau, lac - présente, comme la plupart des communes des faubourgs de Bruxelles, un caractère agreste, marqué ici par la présence des vallées marécageuses du Molenbeek et du Drootbeek, ponctués d'un chapelet d'étangs. Le village - qui ne compte guère plus de 4.000 habitants - s'échelonne des deux côtés du domaine royal, de la porte de Laeken au gros Tilleul, de la chaussée d'Anvers a la rue des palais.

Laeken a été intégrée à la " cuve " de Bruxelles en 1331 - ses habitants devinrent ainsi assujettis aux mêmes lois que les bourgeois de la ville - et, un siècle plus tard, celle-ci fit paver, à ses frais, le chemin qui la reliait au village. Au 17ème siècle, l'église paroissiale de Laeken était devenue un lieu de pèlerinage réputé pour ses guérisons miraculeuses. L'intérêt qu'y portait l'archiduchesse Isabelle n'était probablement pas étranger à la grande popularité que connut le chemin de campagne qui joignait Bruxelles à la modeste bourgade. Dès le début du 18ème siècle, l'" Allée verte " était le rendez-vous de promenade de l'aristocratie bruxelloise.

En 1781 débute la construction du château de " Schoonenberg ", ancêtre du palais royal actuel et, alors, demeure d'été des gouverneurs autrichiens. Brièvement propriété de Napoléon Bonaparte qui racheta le domaine en 1804, le Schoonenberg devint la résidence de Guillaume d'Orange après la défaite française de Waterloo en 1815. C'est dans une propriété agrandie et restaurée par ce dernier que s'installa le premier roi des belges en 1831.

La rue des Palais et la Montagne du Tonnerre présentent une succession d'estaminets aux noms évocateurs - Tivoli, l'Amour, Moeder Lambic, Maison Rouge, Pekpot ou Pannenhuys - et de " campagnes " bourgeoises - plus de trente sont recensées - entourées de beaux jardins. La qualité des paysages vallonnés, parsemés de prairies, de manoirs et de fermes rustiques fait de Laeken un lieu de promenade prisé pour tous et de villégiature privilégiée pour les familles de notables, attirées par la présence de la famille régnante à Schoonenberg.

En l'espace d'un demi-siècle - 1846 à 1900 - la commune passe de 4.019 a 30.438 habitants. Elle regroupe une population industrieuse autour du canal et des installations portuaires et une population bourgeoise à proximité du domaine royal. L'avenue de la reine, dont le percement n'est achéve qu'en 1870, et la rue Marie-Christine (1877) constituent l'épine dorsale de son urbanisation.

Dès le début de son règne, Léopold II a de grandes ambitions pour sa commune d'adoption : " Laeken doit devenir pour Bruxelles ce que l'arc de l'Etoile est pour Paris : le point de départ de nombreux boulevards rayonnants tous vers le même point. " (lettre au baron Goffinet, 26.06.1864). Profitant de ses atouts - proximité du centre, beautés naturelles, habitat clairsemé et population modeste - il veut en faire une ville nouvelle dotée d'infrastructures modernes et de bonnes communications avec la capitale.

L'action décisive du roi en faveur de Laeken n'a pas toujours été perçue à sa juste valeur par ses contemporains, ni par le gouvernement, ni par les édiles locaux. Le premier n'est sensible qu'aux besoins immédiats de sa politique, en fonction des moyens budgétaires disponibles. Les seconds ne voient pas d'un bon œil l'extension incessante des propriétés royales et dénoncent la moins value fiscale qui en résulte pour les caisses communales. Sans la fidélité et la persévérance du bourgmestre Emile Bockstael et de son secrétaire communal Louis Houba pour transformer le faubourg rustique en quartier bourgeois et verdoyant, rien ne se serait fait dans la commune royale.

Léopold II (1835-1909)

"Mon seul vœu, c'est qu'après moi la Belgique soit plus grande, plus forte et plus belle. " Cette phrase, prononcée lors de son accession au trône, le 17 décembre 1865 résume a elle seule le programme que Léopold II se fixe pour son règne : une défense nationale puissante, un empire colonial pour assurer a l'industrie belge un approvisionnement en matières premières et de nouveaux marchés, une politique urbanistique ambitieuse pour assurer la croissance harmonieuse de la capitale du royaume.

Léopold II a poursuivi, pendant tout son règne, un vaste programme urbanistique pour faire face a la forte expansion de Bruxelles, liée a la révolution industrielle et a son rôle de capitale, autour de quatre axes principaux :

  • assainir les quartiers misérables du centre de Bruxelles et améliorer les communications entre le haut et le bas de la ville ;
  • aménager de vastes artères d'accès entre la ville et la campagne afin de permettre un développement harmonieux des faubourgs ;
  • protéger les paysages et créer une ceinture de parcs autour de Bruxelles ;
  • contribuer au prestige de la capitale et de la fonction monarchique par la construction ou l'agrandissement d'édifices publics.

L'action de Léopold II en faveur de sa commune d'adoption se développe suivant deux axes :

  • accroissement du domaine royal privé par incorporation de propriétés riveraines au parc du château. A force de rachats successifs effectués sous son impulsion, le domaine de Laeken, y compris les terrains destinés au parc public et aux avenues, atteint en l'espace de 20 ans - de 1889 à 1909 - 270 hectares sur les 905 que comptent la commune de Laeken, soit un tiers de celle-ci. La propriété royale couvre à elle seule 186 hectares ;
  • poursuite d'objectifs d'intérêt général : assainissement de quartiers insalubres, création des voies de communications, aménagement ou protection d'espaces verts et d'infrastructures sportives.

Plusieurs de ces projets seront réalisés au cours de son règne :

  • aménagement du parc de Laeken à l'emplacement d'une de ses propriétés (1876-1880);
  • création d'un large boulevard formant ellipse partant de l'église de Laeken, traversant le parc public jusqu'au gros tilleul - l'avenue du parc royal - avant de descendre, le long du domaine royal, vers le canal (1876-1910). Le percement de l'avenue Van Praet jusqu'à la chaussée de Vilvorde nécessitera l'expropriation des hameaux de Hoogeleest et Nederleest ainsi que des propriétés Van Volxem et La Coste ;
  • Voutement du Molenbeek (1897-1907), véritable égout a ciel ouvert traversant la commune et y provoquant de fréquentes inondations, création de deux bassins de retenue et d'un collecteur pour l'évacuation de ses eaux polluées dans le canal ;
  • assainissement partiel du quartier de la rue des Vignes et de ses ruelles bordées de taudis en lisière du domaine royal (1905-1909) par l'élargissement de la rue des Vignes et la création du square du 21 juillet ;
  • transformation d'anciennes routes campagnardes - les rues Médori et des Renards - en nouvelles artères spacieuses, l'avenue Houba et le boulevard Bockstael, bordées de quartiers résidentiels (1901-1910).


Domaine royal de Laeken
Table des matières
  1. Métamorphoses de Laeken
  2. Le château royal
  3. les serres royales
  4. Autour du domaine royal