L'idée de regrouper les administrations de l'Etat belge dans une Cité administrative répond à la nécessité de remédier à leur dispersion croissante dans des locaux inadaptés. Elle devrait contribuer, selon ses concepteurs, à une plus grande productivité des services et réduire les multiples gaspillages de fonctionnement.
Préconisée pour la première fois en 1937 par Louis Camus, le père du statut des agents de l'Etat, sa réalisation se heurte aux priorités budgétaires de l'immédiat après-guerre. Les commissions successives qui se penchent sur la question s'orientent vers un parti plus modeste, quelques nouvelles constructions pour pallier les insuffisances les plus criantes.
L'option centralisatrice finit toutefois par triompher en 1954, sous le gouvernement socialiste d'Achille Van Acker. Une cité‚ administrative, regroupant les principaux départements ministériels, sera construite dans les bas-fonds de la rue Royale. Ceux-ci sont préférés à des sites extérieurs comme le Tir national à Schaerbeek et la plaine des manoeuvres à Etterbeek en raison des facilités d'accès qu'ils offrent aux fonctionnaires qui n'habitent pas Bruxelles, grâce à la proximité de la gare centrale. Le quartier, rendu exsangue par la percée de la jonction ferroviaire, doit en outre être assaini. C'est une opportunité pour recréer à cet endroit une liaison entre le haut et le bas de la ville.
La première urbanisation des Bas-Fonds remonte à la moitié du 19ème siècle, après le prolongement de la rue Royale au-delà de la place de Louvain. L'aménagement des lieux a été conçu pour sauvegarder le panorama vers le bas de la ville grâce à deux places publiques en gradins. Légèrement inclinée, l'une accueillera la colonne du Congrès, mémorial à l'indépendance de la Belgique, l'autre un marché en style byzantin reconverti en hospice faute de commerçants pour l'occuper.
Relié par un escalier monumental, l'ensemble architectural de Jean-Pierre Cluysenaar a été enseveli, dans l'indifférence générale, sous l'esplanade de la Cité administrative dont la construction s'est poursuivie de 1958 à 1983 en raison de l'étalement des crédits budgétaires. Sa masse imposante, dominée par la tour des Finances, ne s'intègre pas au tissu urbain environnant dont elle a rompu l'unit‚ et lui a enlevé toute forme d'animation.
La Cité administrative est, avec le quartier Nord, l'exemple-type des excès de l'architecture fonctionnaliste qui entend diviser la ville en zones spécialisées et sacrifie toutes considérations esthétiques aux exigences du programme de construction. De la muraille monotone des parkings aux murs-rideaux de verre et d'aluminium des tours de bureaux, tout respire la froideur, l'austérité et l'ennui. Déserté le soir, le site, dépourvu de toute animation et exposé à toutes les rigueurs climatiques, ne se prête guère à la flânerie.